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Le coup de coeur de la semaine :
Truly naked
Synopsis :
Pour Alec, qui vit seul une relation toxique avec son père Dylan, acteur
X, le désir se confond avec le porno. Son quotidien devient de plus en
plus difficile à dissimuler lorsqu’il se rapproche de Nina, une camarade
de classe. Pour s’ouvrir à ses sentiments, Alec devra se libérer et
accepter de se mettre à nu.
Critique :
L’adolescence a souvent sa place au cinéma. Mais rarement pour ne pas dire jamais dans un contexte où les rôles sont inversés avec un père pornographe et un fils qui monte et fabrique les films de son père. C’est tout le drame de Truly Naked où le jeune Alec, un adolescent qui devrait être comme les autres, accompagne son père dans son activité professionnelle des plus particulières, filmant ses compagnes sexuelles dans des positions extravagantes et montant les productions pornographiques sur son ordinateur. Jusqu’au moment où lui-même se propose de construire un exposé sur l’addiction à la pornographie sur Internet avec une autre élève, Nina. Alors, enfin, pour Alec, s’ouvre la possibilité de vivre pleinement son adolescence et de revisiter sa relation paternelle.
Malgré le sujet sulfureux, Truly Naked n’est pas un film à vocation érotique. Certes, la mise en scène est contrainte de passer par des scènes d’ordre sexuel, mais elle échappe au voyeurisme. L’objectif n’est surtout pas de produire un effet d’excitation chez le spectateur, mais plutôt de l’inviter à réfléchir et de dénoncer l’instrumentalisation sexuelle, pour ne pas dire incestueuse, d’un fils par son père, qui est présenté comme un homme totalement désinvolte et inconséquent. L’arrivée de la jeune femme dans la vie de l’ado chamboule totalement cette existence malsaine où un mineur se retrouve à cautionner des pratiques sexuelles d’un père manquant sensiblement de discernement. Truly Naked est donc moins un film sur la pornographie que sur les relations empreintes de maltraitance entre un père et son fils, où toutes les limites sont dépassées. On s’étonne d’ailleurs que la directrice du collège, pourtant témoin du style de vie du père, n’alerte pas les services sociaux.

Le fil conducteur passionnant demeure la manière dont la rencontre entre Alec et Nina transforme son rapport à la sexualité et aux femmes. Le scénario des plus intelligents montre l’évolution des rapports sexuels du garçon qui entretient avec les femmes une représentation moins humanisée qu’objectale. À plusieurs reprises, Nina lui demande de le regarder, les quelques fois où ils ont un rapport sexuel, l’obligeant peu à peu à passer d’un rapport sexuel sans âme à une relation affective où chacun se met au service du désir de l’autre. Seul le père, totalement décalé, poursuit sa descente en enfers, allant de plus en plus loin dans les exigences sexuelles de ses partenaires, au mépris de leur intégrité physique et psychologique.
Il faut saluer l’interprétation du jeune acteur Caolán O’Gorman qui interprète l’adolescent avec un sens aigu de la complexité. La caméra s’attache à de nombreuses reprises de le filmer au plus près du visage, scrutant les émotions, le regard, et même les postures du corps qui engagent une mue magistrale. Truly Naked est le récit d’une transformation d’un jeune homme sous l’emprise de son père en un adolescent libéré, conscient des limites de la sexualité et déterminé à faire droit à l’identité des femmes.

Mais Truly Naked n’est pas qu’un plaidoyer féministe. C’est d’abord et surtout une très belle romance entre Nina et Alec. On voit évoluer la grâce de leur relation où l’affection prend petit à petit le pas sur la brutalité de l’acte sexuel, dénué de toute humanité. Les deux personnages incarnent à eux seuls les ambitions quasi militantes de la réalisatrice néerlandaise de dénoncer des pratiques prostitutionnelles où les femmes sont considérées comme de purs objets, au mépris de leur volonté et de leurs désirs. D’ailleurs, une très belle scène oppose une jeune actrice pornographique au père où, jusqu’à l’issue du tournage, elle exige de la tendresse et de l’attention dans les actes pour lesquels elle est payée.
Si Truly Naked n’est pas à mettre devant tous les yeux, les spectateurs de plus de seize ans, dont des hommes, auraient tout intérêt à se précipiter dans les salles pour le voir. Le film fait œuvre de pédagogie sans démagogie ou excès moralisateur et rappelle à chacun que derrière l’offre de pornographie abondante sur Internet, se cache une dimension prostitutionnelle abrupte et violente, qui n’a rien à voir avec la réalité de nos vies sexuelles.
