Les nouveautés :
Et toujours :
Information :












Animations:

Le coup de coeur de la semaine :
Plus fort que moi
Synopsis :
Dans les années 1980, John Davidson grandit avec le syndrome de Gilles de la Tourette, une pathologie encore largement méconnue. Entre incompréhension, stigmatisation et détermination, son parcours d’abord semé d’embûches se transforme en combat pour être reconnu tel qu’il est, au-delà des préjugés.
Critique :
L’histoire vraie, et merveilleusement bien adaptée pour le grand écran, de John Davidson, qui a contribué bien malgré lui à faire connaître le syndrome de Gilles de la Tourette. L’histoire aussi d’un corps déréglé, de filtres inexistants, et d’un ordre social qui vacille.

De prime abord, Plus fort que moi (I Swear) de Kirk Jones a tout du récit sur l’adolescence. On croit savoir où l’on met les pieds. Et puis le film glisse, pour dévier vers quelque chose de plus instable, de plus dangereux aussi : un corps qui cesse d’obéir.
Le film, en deux heures qui filent à toute allure, emporte tout sur son passage avec une énergie profondément britannique. Faire cohabiter la dureté du réel avec un humour imprévisible, irrévérent, mais jamais moqueur ? Une ligne de force que l’on retrouve chez des cinéastes comme Danny Boyle, Martin McDonagh ou… Peter Mullan, ici devant la caméra dans le rôle de Tommy Trotter.
Écosse, 1983 : John Davidson est un adolescent comme les autres, en surface. Famille ouvrière, copains et foot, et un potentiel certain. Le syndrome de Tourette est alors une maladie peu connue, qui surgit sans prévenir dans un monde qui ne saurait tolérer une telle insubordination sociale. Quand les tics apparaissent, que les mots dérapent, que ses gestes lui échappent, John vit une scission brutale et double ; non seulement John ne se reconnaît plus, mais sa famille vole en éclats en même temps que ses ambitions professionnelles, à mesure que ses symptômes empirent (à la vitesse de la lumière).

Le scénario de Kirk Jones est remarquable. Ses dialogues crus, drôlissimes et parfaitement imprévisibles, frappent juste, toujours, là où le rire devient inconfort, puis brise le cœur, sans prévenir, avant de reprendre avec légèreté et folie douce. On reste au bord de son siège, entre cœur brisé et fous rires, happé par l’indicible.
Le réalisateur parvient miraculeusement à tenir cette ligne ténue sans jamais la forcer. Le montage de Sam Sneade est un moteur : nerveux, fragmenté, il épouse les déraillements du corps et du langage. La photographie de James Blann existe à travers une lumière jamais démonstrative, et illustre les pertes de repères sans les surligner.
Enfin, au centre, une interprétation d’une intensité rare, avec autour du personnage principal des seconds rôles incarnés, inattendus, parfaits. Robert Aramayo, qui incarne John Davidson devenu adulte, livre une performance habitée, physique, traversée de tensions et de ruptures. Cette première performance a d’ailleurs été saluée aux BAFTAs par plusieurs distinctions majeures, dont celle du Meilleur Acteur face à DiCaprio et Chalamet. Chaque geste, chaque microvariation rend visible ce qui, précisément, échappe.

Ce que le film met à nu, c’est l’intolérance face au corps indiscipliné, qui ne respecte plus les codes implicites de la bienséance. Ce n’est pas seulement John qui vacille, c’est la manière dont les autres le regardent, le catégorisent, l’excluent. Plus fort que moi (I Swear) ne cherche jamais à adoucir. Il dérange, déplace, maintient au bord. Il fait rire là où ça serre, et serre là où l’on pensait pouvoir respirer.
Le film tient là, dans cette tension permanente. Entre contrôle et perte. Entre identité et altération. Et dans ce qu’il donne à voir, à comprendre, à vivre : la perte de contrôle, les troubles de santé mentale, la violence sociale, mais aussi la résistance, les portes qui s’ouvrent quand on n’y croit plus, et l’humanité dans ce qu’elle a de meilleur face au pire. Un film presque divin, en somme.
